Dernières chroniques

Dernières chroniques publiées


jeudi 23 avril 2015

Pour toi, Anna, Chantal Jagu


Anna Kerlistl, 20 ans, vit à Kerlistl en compagnie de son père Joseph, ancien poilu, et de leur ami Georges. Elle doit épouser Hans Schmitt le 20 juin 1940 dans son village de Pengouet. La date de cette cérémonie est prévue depuis longtemps mais la guerre éclate et les fiancés sont séparés, sans nouvelle l'un de l'autre. Avec l'arrivée de l'armée allemande en Pays Bigouden le 20 juin 1940 et l'installation du Commandant Von Streider au domaine, tous les espoirs d'Anna s'écroulent.
Elle doit apprendre à vivre avec l'ennemi sous son toit, tout en se protégeant des avances du commandant et de celles de l'adjoint au maire Marcel Delpin, qui n'a pas hésité à mettre au courant ce dernier des fiançailles d'Anna avec un allemand. Son destin s'en verra changé à jamais, en accueillant une jeune enfant, Gabrielle, et en devenant agent de liaison pour un réseau de résistance.



Merci à Babelio pour cette découverte.



Mon avis :

Dès les premières pages, j'ai senti quel serait le plus gros défaut de ce roman et malheureusement, cet impression s'est confirmée par la suite : c'est fade. Que ce soit dans le récit ou dans les dialogues, rien n'a de relief, on ne sent rien des sentiments des personnages ou de l'impact des évènements. Il s'agit quand même d'un roman où se mêlent l'amour et la volonté de lutter contre l'oppression, et pourtant je n'ai rien ressenti du tout. J'ai toujours cru que s'engager dans la Résistance, c'était un acte impliquant un grand courage, un sens du sacrifice et un grand sens des responsabilités, hors ici, l'entrée en Résistance se fait comme si les personnages avaient décidé de cracher dans le café de l'allemand installé chez eux : ça vient en deux phrases de dialogue, sans prendre en compte les risques ou tout ce que ça implique. D'ailleurs, tout au long du roman, aucune angoisse concernant le fait d'être découvert ne se fera réellement ressentir : les allemands vivent dans les pièces voisines mais tout le monde va et vient sans problème et on discute autour d'un petit café des opérations de passage en zone libre dans la cuisine sans même se méfier de qui pourrait entendre et tout se décide en cinq minutes comme si c'était la chose la plus facile du monde.


Et puis au milieu de cette "Résistance", on ne parle pas de la guerre. On ne sait pas où en sont les différents évènements alors qu'il y a une radio dans la maison et qu'ils captent les messages codés. Donc pourquoi ne pas relier ce qui se passe au domaine avec ce qui se passe en France, voire même dans le monde, ce qui inscrirait vraiment les personnages dans le cours de la guerre... Il est aussi vaguement fait mention des gens qui souffrent matériellement du conflit (le rationnement par exemple) mais sans plus, comme si le fait que des amis ou des voisins soient en souffrance complète n'avait pas d'intérêt pour l'histoire alors que c'est aussi important que le reste.


Il en résulte de tout ça qu'on ne s'inquiète jamais vraiment pour les personnages, alors qu'ils sont en guerre et résistants avec des allemands qui vivent sous leur toit... Que ce soit pour Anna qui a involontairement séduit les mauvaises personnes, la petite Gabrielle qui cache un lourd secret mais qui n'est jamais vraiment inquiétée, Hans qui a disparu mais dont on se fiche un peu, le réseaux jamais vraiment mis en danger. Enfin pour ce dernier point, je ne fais que supposer car à part nous dire "ils sont cachés" et "c'est bon, c'est réglé", on ne sait rien de comment ça se passe. C'est certainement dû au fait que c'est Anna qui raconte et qu'elle n'a pas participé aux opérations mais on lui aura surement raconté et en ce qui concerne son rôle à elle, il n'est jamais vraiment détaillé non plus. Et puis, comme c'est Anna qui nous raconte, on devrait s'inquiéter pour son grand amour autant qu'elle. Mais non... Parce que la seule chose qu'elle dit, c'est "Je m'inquiète pour Hans" plusieurs fois sur plusieurs pages mais sans jamais développer. Alors on se demande : mais jusqu'à quel point est-elle inquiète ? Comment ça se manifeste ? Est ce que ça risque de se voir ? Tout ça n'est jamais détaillé, tout comme le reste d'ailleurs. Donc tout ce qui est de l'ordre du sentiment passe complètement à la trappe.


Et il y a les allemands. Je vous passe les clichés sur les noms parce que ça n'handicape pas la lecture mais pour le reste... Déjà dans ce livre, l'allemand est forcément un gros enfoiré, même aux yeux d'Anna qui nous explique qu'elle a dû lutter contre les préjugés quand elle s'est fiancé avec Hans. J'attendais donc d'elle qu'elle ne les juge pas aussi facilement. Surtout que le commandant qui s'installe chez eux au départ va changer de comportement de façon totalement inexpliqué et devenir "pas si méchant que ça en fait". Certes, si un allemand venait s'installer chez moi sans mon autorisation, je ne pourrais pas l'apprécier facilement, mais lui prêter des intentions immondes à cause de ça, c'est exagéré. Surtout quand le manoir est tellement grand qu'ils ne se croisent jamais... Je veux bien que ce soit un grand manoir mais il n'y a presque aucune interaction avec aucun allemand alors qu'ils sont partout. Et ça manque énormément dans le récit : déjà parce que ça aurait permis de développer les personnages (l'attitude de "défi" du père m'ayant plus fait rigoler qu’impressionner lors de l'arrivée du commandant) et aussi de créer du suspense.


Une chose aussi m'a beaucoup déçue et énervée, c'est que tout est présenté comme une évidence : l'allemand est forcément mauvais, il faut obligatoirement entrer dans la Résistance et ceux qui le font sont des héros. Alors oui, ils le sont, mais présenter la Résistance comme un mouvement auquel on est obligé d'adhérer, c'est, à mon sens, retirer à tous ceux qui l'ont fait leurs valeurs. Ce roman donne l'impression que c'était un choix évident et facile alors que je suis sure que ça n'avait rien d'aisé de se mettre en danger quotidiennement (surtout si on a une famille) et que ça impliquait de vivre dans une angoisse permanente. En ça, je trouve que le roman ne leur rend absolument pas hommage, pas plus qu'il ne rend hommage aux femmes qui ont participé à un niveau moins important mais essentiel tout de même. Anna est pour moi un personnage complètement fade qui, certes, prend parfois quelques risques mais qui ne communiquent absolument pas de valeurs.


J'en viens au dernier défaut de ce roman : les erreurs. Certaines phrases sont répétées, Anna vouvoie ou tutoie son père selon les moments et certains passages sont assez confus. Ce sont des erreurs qui auraient dû être corrigées lors d'une relecture mais sinon, ce n'est pas trop mal écrit. Et je ne vous parlerais pas des clichés qui jalonnent le roman car ce serait vous spoiler.


Je suis assez dure avec ce roman mais c'est lié au sujet qu'il aborde. Quand on parle d'une histoire d'amour et de Résistance, on ne peut pas faire sans communiquer d'émotions au lecteur (sinon, autant faire un documentaire). Et ici, c'est tellement fade et ça rend si peu hommage aux gens qui se sont sacrifiés pour leurs valeurs que je ne peux pas dire que ce n'est pas grave. Anna n'a rien d'une héroïne de l'ombre sinon peut être par les actes, mais ça ne suffit pas : ces personnes étaient des êtres entiers, pas des "sans âmes" qui jouaient des rôles sans comprendre ce que ça impliquait et sans que ça se ressente dans ce qu'ils sont.



Aucun commentaire:

Publier un commentaire