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mardi 25 juin 2013

Les filles de Mr Darcy, Elizabeth Aston


Vingt années après Orgueil et Préjugés, nous faisons la connaissance des cinq filles d’Elizabeth et Darcy. Alors que leurs parents sont en voyage à Constantinople, les demoiselles viennent passer quelques mois à Londres chez leur oncle Fitzwilliam. La découverte de la vie citadine, des plaisirs et des disgrâces qu’elle offre, associée au caractère fort différent de ces jeunes personnes, va mener à des aventures – et des amours – inattendues, dans un cadre particulièrement mondain, où de nombreux individus se côtoient. On retrouve avec plaisir certains personnages créés par Jane Austen.



Mon avis : 

En premier lieu le point positif (oui il n’y en a qu’un…). Ça se lit très bien et on en a envie de connaître le dénouement, c’est vraiment le gros point positif de ce roman et si il ne faisait pas référence à Orgueil et préjugés, roman que j’adore d’une auteur que j’adore, certains points négatifs ne seraient même pas mentionnés.


Je vais commencer par les remarques qui ne font pas référence à Orgueil et préjugés. Tout d’abord j’ai été très déçue par le caractère des filles Darcy, tout n’est que superficiel. Par exemple, le regard que Camilla porte sur le monde aurait pu être un délice mais finalement, j’ai eu l’impression de tout voir à travers une caméra et pas à travers une personne. Les liens entre les sœurs sont quasi inexistants et vu que l’histoire se centre sur Camilla, c’est très gênant pour s’attacher aux sœurs. Les hommes n’ont aucun charisme, ce qui est vraiment dommage car ils ont des caractères assez différents. J’ai eu du mal aussi avec les relations que nouent Camilla, je n’ai pas compris comment on pouvait parler d’amitié et d’intimité pour les quelques scènes passées à discuter, voire moins.

J’en viens à la façon dont l’auteure traite les événements, tout va beaucoup trop vite. A chaque scandale (et mon dieu, qu’est ce qu’il y en a), il est réglé beaucoup trop vite. Il en va de même pour les sentiments de Camilla, tout à coup POUFF elle réalise qu’elle est amoureuse, et ça deux fois. Ca n’a aucun naturel et ça n’est pas du tout convainquant. Idem quand Camilla revient de Paris, elle a vu trois rues et une auberge et ça y est elle est toute changée. Les conventions à respecter en société sont aussi peu crédibles, on dirait que l’auteure devait les caser mais que ça la dérangeait : elles sont souvent rappelées, jamais respectées et les personnages ne nous intègrent pas à l’univers. Les scènes qui ont pour centre les autres personnages que Camilla gâchent tout le suspens et le mystère de l’entourage des filles Darcy. Je passe sur les romances réglées un paragraphe…

L’auteure aborde le thème de l’homosexualité en peu de temps et sans vraiment y accorder l’attention que ça méritait. Si elle voulait en parler, autant qu’elle le fasse correctement.

La façon dont l’auteure a écrit me dérange sur un point en particulier : le langage. Comment peut-on mettre « incommodée » et « carrément » dans un même livre ? Le mieux est sûrement les jumelles qui mentionnent qu’on regarde leurs seins ou Camilla qui dit que sa sœur a déjà dû coucher.


J’en viens maintenant aux comparaisons avec Jane Austen (et j’ai dû me retenir pour ne pas en parler avant). Je ne m’attendais pas à trouver que ce roman est à l’égal d’Orgueil et préjugés mais je suis quand même clairement déçue. Les « clins d’œil » sont gros comme des maisons et franchement mal exploités (par exemple la fugue d’une fille qui risque de jeter le déshonneur sur la famille, mais on n’a pas l’impression que ce soit vraiment un scandale tant les réactions sont peu convaincantes). Les filles de Darcy ressemblent aux filles Bennet, sans la profondeur dans leur caractère. Elles ne sont déjà pas convaincantes alors si en plus elles donnent l’impression d’être une version fade de leurs ainées, ça ne peut pas fonctionner… Je n’ai pas retrouvé cette « naïveté » et ce regard « amusant » que les héroïnes de Jane Austen possèdent. Par naïveté, j’entends vis-à-vis des plaisirs charnels. J’ai trouvé vraiment gênantes les allusions au sexe dans un roman comme celui là, ça faisait vulgaire et déplacé. Les discussions à propos des héritiers m’ont semblé déplacés également, que l’époque ait changé et que les jeunes filles rêvent d’un mariage d’amour plutôt que d’un mariage arrangé d’accord, mais dans ce cas pourquoi faire comme si le rôle d’une femme se limitait à donner un fils à son mari.


Bon vous me direz que ce n’est pas un roman de Jane Austen. C’est vrai, mais certains personnages de l’auteure apparaissent dans ce roman et j’ai quelque chose à en dire. Tout d’abord Lydia, c’est peut être la seule qui reste en accord avec l’ancienne Lydia, les années ayant pu changer son bavardage incessant en propos blessant lancés avec précision. Lady Warren (Caroline Bingley) n’a plus rien de sa classe. Fitzwilliam est un imbécile, comment imaginer qu’il accepte le mariage d’une fille Darcy sans en discuter, qu’il s’emporte pour rien et s’indigne contre la personnalité des filles alors qu’il semblait apprécier Lizzie. Les quelques propos de Darcy dans des lettres ne rendent pas compte de la hauteur du personnage. D’ailleurs quand l’auteure dit qu’Alethea est une vraie Darcy, j’ai rigolé : elle a certes le cynisme (et encore on peut appeler ça de la franchise) mais aucune tenue. Les Gardiner sont les plus décevants, je n’ai rien retrouvé de la sensibilité et de l’esprit de Mrs Gardiner et le pire c’est quand le couple refuse de revoir les filles Darcy pour de simples rumeurs infondées. Une autre chose m’a choquée : comment Lizzie et Darcy ont pu éduquer leurs filles comme ça ?! Elles sont mal élevées et pour certaines totalement idiotes (valable pour Letitia et son pessimisme). Et comment imaginer que, connaissant les dangers des hommes pour les jeunes femmes frivoles et venant de la campagne, ils aient pu envoyer leurs gamines incontrôlables à Londres ? Pas vraiment convainquant là encore.


En bref, si ça avait été une romance de notre époque, ce roman aurait été très agréable. Malheureusement, l’auteure s’est imposé un cadre qui semble la forcer à sortir de son style, et cela rend l’ensemble peu convainquant. Le langage, les allusions au sexe et le manque de profondeur des personnages ne sont pas adaptés à cette époque et au roman de Jane Austen, et j’ai eu l’impression que les personnages et leur univers ne s’accordaient pas.


C’est ma première rencontre avec Milady Romance et la collection Pemberley. Cette collection m’intéresse pour l’aspect historique et je n’ai pas été conquise par ce roman. La romance historique, ça me fait rêver et là, rien. Mais vraiment rien du tout. Et cet aspect là est une déception de plus.




Publié le 24 mai 2012

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